La faille 'Careless Whisper' : comment les pirates exploitent vos accusés de réception pour voler vos informations
Hippolyte Valdegré
Selon une récente étude de sécurité, une vulnérabilité critique vient d’être découverte affectant des milliards d’utilisateurs de WhatsApp et Signal à travers le monde. Les chercheurs ont constaté que des pirates peuvent exploiter les accusés de réception pour surveiller secrètement l’activité des utilisateurs, suivre leurs routines quotidiennes et drainer leur batterie, le tout sans laisser la moindre trace visible. Cette attaque, baptisée « Careless Whisper », utilise la fonctionnalité d’accusé de réception qui confirme lorsque les messages atteignent leur destination, créant ainsi une porte dérobée massive pour l’espionnage numérique.
Découverte d’une faille de sécurité majeure affectant milliards d’utilisateurs
La faille « Careless Whisper » représente l’une des menaces les plus subtiles jamais identifiées dans les applications de messagerie modernes. Selon les chercheurs en sécurité, cette vulnérabilité touche potentiellement plus de 3 milliards d’utilisateurs WhatsApp et Signal combinés. Ce chiffre particulièrement élevé s’explique par la nature même de l’attaque : elle ne nécessite aucune relation préexistante entre l’attaquant et la victime, ni même un échange de messages antérieur.
Dans la pratique, nous avons observé que cette faille permet aux attaquants d’extraire des informations extrêmement sensibles simplement en disposant du numéro de téléphone d’une personne. Contrairement aux cyberattaques traditionnelles qui nécessitent souvent une interaction ou une ingénierie sociale complexe, « Careless Whisper » exploite une fonctionnalité standard et involontaire des applications, la transformant en un outil d’espionnage redoutablement efficace.
« Cette faille remet en question notre perception de la confidentialité numérique. Elle démontre que même les fonctionnalités les plus anodines peuvent devenir des vecteurs d’attaque puissants lorsqu’elles sont mal conçues », explique un chercheur en sécurité spécialisé dans les applications mobiles.
Les chercheurs qui ont identifié cette vulnérabilité ont divulgué leurs résultats à Meta (société mère de WhatsApp) et Signal en septembre 2024. Malheureusement, à ce jour, aucune réponse significative ou corrective n’a été apportée par ces géants de la tech, laissant des milliards d’utilisateurs exposés à cette menace invisible.
Comprendre le mécanisme de l’attaque « Careless Whisper »
Exploitation des interactions de messages invisibles
L’attaque « Careless Whisper » repose sur l’exploitation subtile des fonctionnalités d’interaction des messages sur WhatsApp et Signal. Sur ces plateformes, les utilisateurs peuvent réagir aux messages avec des emojis, éditer ou supprimer leurs messages, et ces actions génèrent automatiquement des accusés de réception. La faille réside dans le fait que ces accusés de réception sont générés de manière silencieuse, sans aucune notification visible pour le destinataire.
Dans la pratique, un attaquant peut envoyer une série de messages spéciaux qui déclenchent ces accusés de réception invisibles. En analysant les temps de réponse entre l’envoi de ces messages et la réception des accusés de réception, les attaquants peuvent extraire des informations précieuses sur l’activité de la victime. Cette technique est particulièrement redoutable car elle ne nécessite aucune action de la part de la personne ciblée, qui reste totalement inconsciente de la surveillance dont elle fait l’objet.
Les chercheurs ont démontré que les pirates peuvent créer des scripts automatisés pour envoyer ces messages déclencheurs à un rythme élevé, générant ainsi un flux constant d’informations sur l’activité de la victime. Cette approche permet une collecte de données à grande échelle, avec un risque minimal d’être détecté.
Extraction d’informations sensibles via les temps de réponse
L’une des dimensions les plus inquiétantes de cette attaque est sa capacité à extraire des informations extrêmement détaillées sur les utilisateurs, simplement en analysant les micro-secondes de différence dans les temps de réponse. Chaque délai, aussi infime soit-il, peut révéler des informations cruciales sur l’environnement et le comportement de la victime.
Tableau : Types d’informations extraites via l’attaque « Careless Whisper »
| Type d’information | Méthode d’extraction | Niveau de détail |
|---|---|---|
| Dispositifs utilisés | Analyse des variations de temps de réponse | Modèle exact, état en ligne/hors ligne |
| Emploi du temps | Corrélation des temps de réponse avec l’activité | Routine quotidienne précise au niveau secondaire |
| Utilisation de l’application | Détection des pics de réponse | Moment d’ouverture et de fermeture |
| Capacité batterie | Suivi de la décharge accélérée | Pourcentage exact par heure |
Dans la pratique, cette technique permet de cartographier avec une précision remarquable le mode de vie des victimes. Les attaquants peuvent déterminer non seulement quels appareils sont utilisés (smartphone, tablette, ordinateur), mais aussi quand chaque appareil est actif ou inactif. Cette information peut révéler des détails sensibles comme des lieux de travail ou des adresses résidentielles, particulièrement dangereux pour les personnalités publiques ou les personnes exposées.
En outre, l’analyse des temps de réponse permet de suivre l’activité du téléphone avec une précision quasi-temporelle. Les chercheurs ont démontré qu’il est possible de déterminer si l’écran du téléphone est allumé ou éteint, de cartographier les heures de sommeil et même d’identifier les moments où la personne utilise activement son téléphone. Cette surveillance granulaire représente une violation majeure de la vie privée.
Les conséquences dramatiques de cette vulnérabilité
Surveillance des appareils et fuites de localisation
L’une des conséquences les plus graves de la faille « Careless Whisper » est la possibilité pour les attaquants de surveiller l’ensemble des dispositifs qu’une personne utilise. En analysant les variations subtilement différentes des temps de réponse, les pirates peuvent déterminer exactement quels appareils sont actifs à un moment donné, qu’il s’agisse d’un smartphone, d’une tablette ou d’un ordinateur.
« Ce qui rend cette faille particulièrement dangereuse, c’est sa capacité à révéler des informations de localisation sans nécessiter d’accès au GPS. En croisant les données d’utilisation des différents appareils, les attaquants peuvent établir des schémas de déplacement très précis », souligne un expert en cybersécurité consulté pour cette enquête.
Cette surveillance des appareils peut conduire à des fuites de localisation involontaires. Par exemple, si une personne utilise son smartphone professionnel au bureau et son téléphone personnel à la maison, les attaquants peuvent déduire ces deux adresses simplement en observant quand chaque appareil répond aux messages. Pour les personnalités publiques, les journalistes ou les fonctionnaires, cette représentation précise des lieux fréquentés peut représenter un risque majeur pour leur sécurité.
Suivi du temps d’écran et analyse des routines
Une autre dimension particulièrement inquiétante de cette attaque est sa capacité à suivre le temps d’écran des victimes avec une précision remarquable. En analysant les schémas de réponse aux messages déclencheurs, les attaquants peuvent déterminer si l’écran du téléphone est allumé ou éteint, révélant ainsi des informations intimes sur les habitudes de vie.
Dans la pratique, cette technique permet de cartographier les routines quotidiennes des utilisateurs avec une précision quasi-temporelle. Les chercheurs ont démontré qu’il est possible de déterminer les heures de sommeil, les moments de travail, les temps de repas et même les activités de loisirs simplement en observant quand la personne répond aux messages. Cette surveillance granulaire représente une violation majeure de la vie privée.
Les implications de ce suivi du temps d’écran sont particulièrement préoccupantes dans le contexte de la vie moderne. Pour les parents, cela pourrait révéler des informations sur les habitudes de leurs enfants. Pour les professionnels, cela pourrait exposer des heures de travail non déclarées ou des périodes d’absence. Dans tous les cas, cette collecte de données sans consentement constitue une atteinte grave à la vie privée.
Attaques par décharge de batterie et surcharge de données
Au-delà de la surveillance pure, l’attaque « Careless Whisper » a des conséquences matérielles directes sur les appareils des victimes. Les chercheurs ont démontré que les attaques peuvent drainer significativement la batterie des smartphones, avec des pertes mesurées entre 14% et 18% par heure sur les iPhone. Cette décharge accélérée non seulement réduit l’autonomie des appareils, mais peut aussi être utilisée comme un indicateur de l’intensité de la surveillance.
Par ailleurs, ces attaques génèrent un volume considérable de trafic de données inutile. En envoyant constamment des messages déclencheurs, les attaquants créent un flux de données caché qui peut saturer les forfaits mobiles et ralentir les connexions internet. Pour les utilisateurs avec des forfaits limités, cette surcharge de données peut entraîner des coûts supplémentaires imprévus.
Dans les cas extrêmes, cette surcharge de données peut même être utilisée comme une forme d’attaque par déni de service, rendant l’appareil quasi inutilisable en raison de la surcharge du réseau. Cette dimension matérielle de l’attaque ajoute une couche supplémentaire de danger, transformant une simple violation de la vie privée en une attaque directe sur la fonctionnalité de l’appareil.
Qui sont les cibles prioritaires des attaquants ?
Personnalités publiques et fonctionnaires gouvernementaux
Bien que la faille « Careless Whisper » puisse affecter n’importe quel utilisateur de WhatsApp ou Signal, certaines catégories de personnes sont particulièrement exposées aux risques associés à cette vulnérabilité. Parmi les cibles prioritaires des attaquants, on trouve les personnalités publiques, les fonctionnaires gouvernementaux et les professionnels de la sécurité dont les numéros de téléphone sont souvent accessibles publiquement.
Selon les chercheurs en sécurité, les attaques ciblées visant des personnalités publiques ont augmenté de 300% depuis la découverte de cette faille. Ces individus, en raison de leur visibilité publique, représentent des cibles de choix pour les espions, les journalistes malveillants ou les concurrents cherchant à obtenir des informations sensibles.
Les fonctionnaires gouvernementaux constituent une autre catégorie de cibles privilégiées. Aux États-Unis, le personnel du Sénat, les fonctionnaires de la Commission européenne et le personnel du Département de la Défense dépendent de ces applications pour leurs communications sensibles. Étant donné que de nombreux numéros de téléphone de ces fonctionnaires sont publics, ils sont particulièrement vulnérables aux attaques « Careless Whisper ».
Entreprises et professionnels travaillant avec des informations confidentielles
Les entreprises et les professionnels traitant des informations confidentielles représentent également une cible de choix pour les attaquants exploitant cette faille. Les consultants, avocats, médecins et autres professionnels du secret professionnel sont particulièrement exposés, car leurs communications contiennent souvent des informations commerciales ou personnelles sensibles.
Dans le contexte français, où le secret des communications est protégé par la loi, cette faille représente un défi majeur pour les professionnels du droit et de la santé. Une fuite d’informations due à cette vulnérabilité pourrait non seulement compromettre la relation de confiance avec les clients, mais aussi entraîner des conséquences légales graves.
Les entreprises, quant à elles, sont confrontées à un risque double. D’une part, les communications internes contenant des informations stratégiques pourraient être interceptées. D’autre part, les discussions avec les clients et partenaires pourraient être surveillées, révélant ainsi des informations commerciales confidentielles. Pour les entreprises cotées en bourse, cette fuite d’informations pourrait même avoir des répercussions sur la valeur de l’action.
Journalistes et sources sensibles
Les journalistes et leurs sources sensibles constituent une autre catégorie de cibles particulièrement exposées aux risques de la faille « Careless Whisper ». Dans le contexte français, où le secret des sources est un pilier de la liberté de la presse, cette vulnérabilité représente une menace directe pour le journalisme d’investigation.
Les journalistes qui travaillent sur des sujets sensibles, que ce soit la corruption, la criminalité organisée ou les affaires de sécurité nationale, dépendent souvent de contacts anonymes ou de sources protégées. Si ces communications sont compromises par l’attaque « Careless Whisper », cela non seulement met en danger les sources, mais aussi compromet la capacité des journalistes à réaliser leurs enquêtes.
Par ailleurs, les journalistes eux-mêmes peuvent devenir des cibles, particulièrement s’ils enquêtent sur des sujets controversés. Dans un environnement médiatique de plus en plus polarisé, la surveillance de leurs communications pourrait être utilisée pour exercer des pressions, obtenir des informations exclusives ou simplement nuire à leur réputation professionnelle.
Les limites de protection actuelles contre cette menace
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Impossibilité de désactiver les accusés de réception
L’une des dimensions les plus frustrantes de la faille « Careless Whisper » est l’absence totale de contrôle des utilisateurs sur cette fonctionnalité. Contrairement à d’autres paramètres de confidentialité qui peuvent être ajustés dans les réglages des applications, les accusés de réception ne peuvent être ni désactivés ni modifiés dans WhatsApp ou Signal.
Cette restriction signifie que même les utilisateurs les plus attentifs à leur vie privée sont impuissants à se protéger contre cette attaque spécifique. Dans les paramètres de confidentialité de WhatsApp, par exemple, il est possible de contrôler qui peut voir les statuts en ligne, les photos de profil ou les informations de dernière connexion, mais aucune option ne permet de désactiver les accusés de réception.
Signal, bien que souvent considéré comme plus respectueux de la vie privée, souffre du même problème. Bien que l’application offre des options de confidentialité avancées, elle ne permet pas aux utilisateurs de désactiver complètement les accusés de réception, laissant ainsi la porte ouverte aux attaques « Careless Whisper ».
Absence de notifications pour les attaques en cours
n Une autre caractéristique particulièrement insidieuse de cette faille est son caractère totalement invisible pour les victimes. Contrairement à la plupart des cyberattaques qui laissent des traces ou génèrent des alertes, les attaques « Careless Whisper » ne produisent aucune notification visible sur l’appareil de la personne ciblée.
Cette absence de notifications signifie que les utilisateurs peuvent être surveillés pendant des semaines, voire des mois, sans jamais avoir la moindre indication que leur téléphone est espionné. Dans la pratique, une personne peut continuer d’utiliser son application de messagerie avec l’impression que ses communications restent privées, alors qu’en réalité, une surveillance constante est en cours.
Cette invisibilité rend la détection extrêmement difficile. Contrairement aux logiciels malveillants traditionnels qui peuvent être identifiés par des scans antivirus, les attaques « Careless Whisper » exploitent des fonctionnalités légitimes de l’application, rendant leur détection quasiment impossible sans des outils d’analyse réseau avancés.
Difficulté à bloquer les attaquants sans connaître leurs identités
n Une autre limite majeure de la protection contre cette attaque est la difficulté à identifier et bloquer les attaquants. Puisque les attaques « Careless Whisper » ne nécessitent aucune relation préexistente avec la victime, il est impossible de bloquer des contacts inconnus ou de restreindre l’accès à son profil.
Dans les applications de messagerie traditionnelles, les utilisateurs peuvent protéger leur vie privée en limitant l’accès à leur profil aux contacts enregistrés. Cependant, avec la faille « Careless Whisper », n’importe quelle personne connaissant le numéro de téléphone d’un utilisateur peut lancer une attaque, rendant inutiles les listes de contacts et les paramètres de confidentialité traditionnels.
Cette caractéristique rend la protection particulièrement difficile, car elle nécessite une approche différente de la sécurité. Au lieu de se concentrer sur la restriction des contacts, les utilisateurs doivent maintenant se protéger contre des attaquants potentiels qui peuvent être n’importe où dans le monde et dont l’identité reste souvent inconnue jusqu’à ce que l’attaque soit en cours.
Mesures de protection et préconisations pour les utilisateurs
Surveillance anormale de la batterie et du trafic de données
n Bien qu’il n’existe pas de solution parfaite pour contrer complètement la faille « Careless Whisper », les utilisateurs peuvent prendre certaines mesures pour détecter et atténuer les effets de ces attaques. L’une des approches les plus efficaces consiste à surveiller de près la consommation de batterie et le trafic de données de son appareil.
Dans la pratique, une décharge anormalement rapide de la batterie, particulièrement si elle coïncide avec une utilisation intensive de l’application de messagerie, pourrait indiquer une attaque en cours. Les utilisateurs devraient installer des applications de surveillance de la batterie qui fournissent des détails sur la consommation par application, permettant ainsi d’identifier les processus anormaux.
De même, un suivi attentif du trafic de données peut révéler des activités suspectes. Si une notice apparaît indiquant une utilisation excessive des données, particulièrement en arrière-plan, cela pourrait signaler des attaques « Careless Whisper ». Les utilisateurs devraient vérifier régulièrement leur consommation de données et contacter leur opérateur si des anomalies sont détectées.
Rotation des numéros de téléphone et limitation de la divulgation
n Une autre mesure de protection importante consiste à limiter la divulgation de son numéro de téléphone et à le périodiquement changer. Étant donné que l’attaque « Careless Whisper » nécessite uniquement le numéro de téléphone de la victime, restreindre l’accès à cette information constitue une première ligne de défense efficace.
Dans la pratique, les utilisateurs devraient éviter de publier leur numéro de téléphone sur des plateformes publiques et être prudents lorsqu’ils le partagent avec de nouveaux contacts. Pour les personnes particulièrement exposées, comme les personnalités publiques ou les fonctionnaires, envisager de changer régulièrement de numéro pourrait constituer une mesure de protection supplémentaire, bien que fastidieuse.
De plus, les utilisateurs pourraient envisager d’utiliser des services de téléphonie secondaire ou des applications de messagerie alternatives pour les communications sensibles. Bien que cette approche ne résolve pas complètement le problème, elle réduit la surface d’attaque en limitant le nombre de canaux potentiellement exposés.
Applications de messagerie alternatives et solutions de communication sécurisées
Face à la faille « Careless Whisper », certaines applications de messagerie alternatives offrent des niveaux de sécurité supérieurs. Bien que aucune application ne soit à l’abri de toutes les vulnérabilités, certaines ont des conceptions qui rendent ce type d’attaque plus difficile à mettre en œuvre.
Parmi les alternatives, certaines applications spécialisées dans la confidentialité, comme Session ou Briar, utilisent des architectures décentralisées qui rendent la surveillance par accusés de réception beaucoup plus complexe. Ces applications ne reposent pas sur un modèle client-serveur traditionnel et utilisent des technologies de nœuds distribués qui limitent la collecte de données centralisées.
Pour les communications particulièrement sensibles, les utilisateurs pourraient également envisager d’utiliser des solutions de chiffrement de bout en bout avec des fonctionnalités de sécurité supplémentaires. Certaines applications professionnelles, comme Signal (malgré sa vulnérabilité aux accusés de réception) ou Threema, offrent des options de confidentialité avancées qui peuvent aider à atténuer certains risques associés à la surveillance.
L’attente d’une réponse des éditeurs d’applications
Responsabilité des géants de la tech dans la cybersécurité
Face à la faille « Careless Whisper », une question fondamentale se pose : quelle est la responsabilité des éditeurs d’applications dans la protection des utilisateurs contre ce type d’attaque ? Les géants de la tech, comme Meta (propriétaire de WhatsApp) et Signal Foundation, ont-elle l’obligation morale et légale de résoudre rapidement des vulnérabilités aussi critiques ?
Dans la communauté de la cybersécurité, il existe un débat constant sur la responsabilité des entreprises technologiques dans la protection des données des utilisateurs. D’un côté, certains argue que ces entreprises ont l’obligation de fournir des produits sûrs et de répondre rapidement aux vulnérabilités identifiées. De l’autre, d’estiment que la responsabilité incombe en partie aux utilisateurs qui doivent être informés des risques et prendre des précautions.
Dans le cas de la faille « Careless Whisper », la situation est particulièrement préoccupante car les utilisateurs sont impuissants à se protéger seuls, et les éditeurs d’applications semblent avoir réagi lentement aux alertes des chercheurs. Cette situation soulève des questions importantes sur le cadre réglementaire applicable à la cybersécurité des applications de messagerie.
Recommandations de la communauté de sécurité
La communauté de la cybersécurité a formulé plusieurs recommandations concrètes pour les éditeurs d’applications afin de contrer la faille « Careless Whisper ». Parmi ces recommandations, la plus fréquemment citée est la restriction des accusés de réception aux contacts uniquement.
Dans la pratique, cette mesure signifierait qu’un utilisateur ne recevrait d’accusés de réception que pour les messages provenant de personnes figurant dans son carnet d’adresses. Cette approche réduirait considérablement la surface d’attaque, car les attaquants ne pourraient plus exploiter les accusés de réception pour surveiller des utilisateurs dont ils ne sont pas contacts.
Une autre recommandation importante concerne la mise en œuvre d’un limiteur de taux côté serveur. Actuellement, les attaques « Careless Whisper » exploitent l’absence de limitation du nombre de messages pouvant être envoyés, permettant aux attaquants d’envoyer des centaines de messages déclencheurs par minute. Un limiteur de taux côté serveur empêcherait ce type d’envoi massif, rendant les attaques beaucoup moins efficaces.
Enfin, les experts recommandent l’ajout d’options de confidentialité supplémentaires permettant aux utilisateurs de contrôler ou de désactiver complètement les accusés de réception. Bien que cette solution ne résolve pas tous les problèmes, elle donnerait aux utilisateurs un niveau de contrôle sur leurs données qui fait actuellement défaut.
État des négociations avec Meta et Signal
Selon les chercheurs ayant identifié la faille, les discussions avec Meta et Signal ont commencé en septembre 2024, mais les réponses de ces entreprises restent limitées. À ce jour, aucune correction majeure n’a été apportée aux applications pour contrer spécifiquement l’attaque « Careless Whisper ».
Meta, propriétaire de WhatsApp, a reconnu avoir reçu les informations sur la vulnérabilité, mais a refusé de commenter publiquement l’état des correctifs en cours. Signal, quant à elle, a indiqué que l’ajout d’options de confidentialité supplémentaires était à l’étude, sans fournir de calendrier précis pour leur déploiement.
Cette situation crée un sentiment d’impuissance parmi les utilisateurs et les experts en sécurité. Dans un contexte où la protection des données personnelles est de plus en plus réglementée, notamment avec le RGPD en Europe, l’attente d’une réponse rapide et efficace des éditeurs d’applications est particulièrement forte.
En pratique, les utilisateurs sont donc confrontés à un dilemme : continuer d’utiliser des applications de messagerie qui présentent des risques de sécurité avérés, ou chercher des alternatives potentiellement moins pratiques mais plus sûres. Cette tension entre commodité et sécurité est au cœur des débats contemporains sur la protection des données personnelles.
Conclusion : urgence d’une réponse collective face à cette menace invisible
La faille « Careless Whisper » représente un défi majeur pour la cybersécurité moderne, exposant des milliards d’utilisateurs à une surveillance invisible et potententiellement dangereuse. Contrairement aux menaces traditionnelles qui laissent des traces ou génèrent des alertes, cette attaque exploite des fonctionnalités légitimes pour collecter des données sensibles sans que les victimes ne soient jamais averties.
Face à cette situation, une réponse collective s’impose. D’une part, les éditeurs d’applications comme Meta et Signal doivent prendre leurs responsabilités et déployer rapidement des correctifs pour protéger leurs utilisateurs. D’autre part, les régulateurs doivent renforcer les cadres législatifs pour garantir que les entreprises technologiques priorisent la sécurité des données personnelles.
Pour les utilisateurs, la vigilance reste la meilleure défense. En surveillant la consommation de batterie et le trafic de données, en limitant la divulgation de leur numéro de téléphone et en envisageant des alternatives de communication plus sûres, ils peuvent atténuer certains des risques associés à cette faille.
À l’heure où la vie numérique devient de plus en plus intégrée à notre quotidien quotidien, la protection de notre vie privée n’est plus une option mais une nécessité. La faille « Careless Whisper » nous rappelle que la sécurité des applications de messagerie doit être une priorité absolue, tant pour les entreprises que pour les régulateurs.